Le F3C attribue sa Montgolfière d’argent à Vivian Qu pour Angels Wear White. Dans ce long-métrage, la réalisatrice chinoise interroge le statut des femmes dans la Chine contemporaine à travers les destins liés de trois fillettes abusées en quête de reconstruction. Un film qui a marqué Jules Delaunay, l’un des jurés jeunes du Festival sollicité par Preview.

« C’est quoi un hymen ? » Xuaiwen vient d’être violée. Lors de sa visite médicale, elle s’interroge. Sans filtre, Angels Wear White met en lumière le destin de deux écolières, abusées sexuellement par le parrain de l’une d’entre elles. Seule témoin de cette scène : Mia, jeune employée clandestine du motel, contrainte au silence par son patron. Vivian Qu fait le choix de ne pas verser dans le pathos. Les fillettes ne sont pas des victimes, mais la personnification d’une société qui va mal dans laquelle les fonctionnaires sont corrompus et les femmes désignées responsables lorsqu’elles sont la proie des hommes. Seules contre tous, ces fillettes cherchent leur dignité perdue, quitte à se reconstruire un hymen pour l’une d’entre elles. Basculant brutalement dans l’âge adulte, ces jeunes filles deviennent femmes. « J’ai eu l’impression de suivre un combat plutôt qu’une descente aux enfers », explique Jules Delaunay, membre du jury jeune du F3C à qui Preview a demandé son point de vue sur le film. « La réalisatrice a choisi de banaliser le viol pour atteindre le spectateur, et cela fonctionne. »

« Je ne me soucie pas de vivre dans un monde d’hommes si je peux y être une femme »

Le film s’ouvre sur une scène « étrange », Xuaiwen prend en photo la culotte d’une gigantesque statue posée sur la plage. D’elle, on ne voit que les jambes. « Au début, on ne comprend pas très bien ce que cette statue fait là. Puis on se rend compte qu’il s’agit de Marilyn Monroe. » Tantôt montrée comme objet de curiosité, puis comme abri pour une des fillettes en fugue, et enfin arrachée de son socle à la fin du film, la star hollywoodienne occupe une place centrale. « La statue de cette femme c’est la symbolique du statut de la femme en général. Au début de l’histoire, on montre une femme apprêtée, brillante, propre, qui culmine au-dessus des hommes. Or, plus les fillettes sont salies, plus la statue est dégradée, jusqu’à être arrachée de son socle et mise à terre », analyse Jules Delaunay. « La scène finale est très forte. La statue est transportée en camion et dépasse Xuaiwen, vêtue elle aussi d’une robe blanche, sur son scooter. » Marilyn Monroe disait : « Je ne me soucie pas de vivre dans un monde d’hommes si je peux y être une femme. » La voir disparaître interroge : les femmes peuvent-elles vraiment être femmes en Chine ? Sensible à la musique, le juré jeune confie avoir eu des frissons lors de cette scène finale. « La réalisatrice a fait le choix de bruits naturels comme seule bande-son. Aussi, j’ai vécu l’arrivée des percussions et des basses à la toute fin comme une véritable envolée. »

Un écho universel

Le développement économique en Chine s’est accompagné d’une libéralisation sociale. Dans le même temps, on a assisté à un retour des valeurs paternalistes. Angels Wear White montre la difficulté pour les jeunes filles de grandir sainement et d’évoluer, en tant que femmes, dans une société où les discriminations perdurent, où la prostitution est monnaie courante et où le silence s’achète. « J’ai parfois eu l’impression de me perdre dans ce film. En sortant de la salle, j’ai compris où la réalisatrice voulait m’emmener. La boucle était bouclée. Ce n’est pas un film qui me fait rêver sur le plan technique, mais un long-métrage qui m’a énormément appris. Qui me pousse à m’interroger sur le statut de la femme d’un point de vue politico-culturel. » Absente lors de la projection, la réalisatrice a fait lire un message dans lequel elle « espérait que son histoire trouverait un écho universel ». Il semble que ce soit le cas, tout du moins pour Jules.

Photo issue du film Angels Wear White