Ce qui est bien avec le métier d’acteur, c’est de pouvoir mourir autant de fois que l’on veut. Dans Le lion est mort ce soir, Nobuhiro Suwa filme Jean, interprété par un Jean-Pierre Léaud en plein doute : il ne saura pas jouer sa mort, qui pourtant se rapproche ! Jean philosophe sur son métier et sur la vie. L’acteur se confond avec son personnage et suscite les images que nous gardons de lui quand il incarnait la jeunesse dans Les Quatre cents coups. Aujourd’hui vieillissant, comme ses spectateurs, il envisage sa fin sans sérénité.

Cependant, la vie est là. Dans la lumière du sud de la France, il rencontre une bande de gamins dont Jules, le plus effronté. Des minots agités qui le suivent dans ses balades, épiant ses faits et gestes à l’aide d’une perche et d’une caméra. On suit ces enfants dans un jeu de miroir entre Jean et Jules. Un dialogue implicite entre le vieux et l’enfant où chacun cherche à retrouver l’être manquant. Léaud est solaire, il rayonne et les enfants irradient d’une joie de vivre contagieuse. Ensemble, et même avec nous, ils font un cinéma simple, humain. Juste eux, lui et nos souvenirs qui le font revivre.

Dans cette vieille maison abandonnée, décor défraîchi, où la lumière est filtrée par les persiennes, le cinéma illumine toujours. Projeté contre un mur, le film réalisé par les enfants, avec Jean dans le premier rôle, renvoie encore le vieux à ses premières amours. Comme un roi glouton qui aurait tout goûté, il retrouve la délicieuse simplicité de croquer dans une pomme. Suwa nous offre ici une ode au cinéma et à la cinéphilie.  Le lion et nos souvenirs de lui peuvent mourir tranquilles.