Parmi les séances spéciales du Festival, Les Bonnes manières, de Marco Dutra et Juliana Rojas, fait voyager le public à la croisée des mondes et des genres.  

Clara, jeune infirmière noire des quartiers pauvres, est silencieuse et réservée. Ana, jolie bourgeoise enceinte, est bavarde et dynamique. À São Paulo, toutes deux se rencontrent lors d’un entretien d’embauche, alors que la future mère cherche une nourrice pour son bébé. Malgré son manque d’expérience, Clara s’installe dans la demeure moderne d’Ana et lui apporte une aide précieuse en attendant la naissance.

Au fil des semaines, chacune apprend quelque chose de l’autre. Mais alors que la lune est pleine, Clara s’aperçoit qu’Ana souffre de somnambulisme. Elle est loin de se douter de ce qui l’attend,  le spectateur encore moins.

Deux personnages opposés donc, mais qui s’aiment contre toute attente, et au milieu : un enfant condamné à être différent… Les Bonnes manières joue sur différents registres d’émotions et d’intrigues. Mais le film pose une question en phase avec la société actuelle : qui est vraiment le monstre de l’histoire ? Et si l’on donnait sa chance à tout le monde ? À Clara, qui ne vient pas des quartiers riches, mais fait très bien son travail, à Ana, rejetée par sa famille pour de mauvaises raisons, ou à ce jeune garçon qui ne demande qu’à profiter de son enfance.

Plus qu’un simple divertissement, ce film étrange et poétique dépeint une société ségrégative. Dès la première scène, deux univers se confrontent. Quand Clara entre chez Ana, elle ne s’y sent pas à sa place. Elle subit immédiatement la suspicion de sa future employeuse. Celle-ci vit dans le luxe et se montre rapidement très exigeante. Un fossé se creuse d’entrée de jeu, mais les personnages choisissent d’aller à l’encontre de la pression sociale.

Un film d’horreur sous des allures de conte de fées

Une histoire d’amour au pluriel, une peinture sociale, un phénomène terrifiant… Les Bonnes manières est un film riche en surprises. Le duo brésilien Juliana Rojas et Marco Dutra nous plonge dans un univers aux couleurs chaudes et vives, mais qui n’en est pas moins sombre. Les codes du conte de fées se mêlent à ceux du film d’horreur, laissant le spectateur incertain, mais captivé.

Le générique de début évoque un vieux film de Walt Disney. Plus tard, un flashback poétique raconte à l’aide de dessins un épisode essentiel du passé d’Ana, comme si c’était une légende. Les deux femmes chantent à plusieurs reprises, de leurs voix douces, comme dans une comédie musicale. Malgré cette variété de tons, rien n’est laissé au hasard, la symbolique a toute sa place dans ce film merveilleux et parfois sanglant.

Le surnaturel sous la forme d’un loup-garou à la fois attachant et effrayant se mêle au réel. La violence peut pousser à détourner le regard, le drame peut attrister et pourtant, devant Les Bonnes manières, on sourit, on se laisse attendrir et amadouer par l’atmosphère. Sara Silveira, productrice du film, nous précise que, malgré la violence et le drame, l’amour est au cœur de l’histoire et permet d’affronter toutes ces épreuves.

Les Bonnes manières est une sombre poésie aux multiples facettes. « C’est un film bizarre, différent, qui mélange beaucoup de choses », explique Sara Silveira, heureuse et fière de le présenter au Festival. Pour elle, il invite à la réflexion, notamment sur l’éducation, parce que, quel que soit le film que nous regardons, il permet de « s’élever », de penser. « Le cinéma est touchant. Je le fais avec beaucoup de passion parce que je l’aime. J’aime ce film, j’aime mon petit loup-garou. Et j’espère que les gens à Nantes le comprennent. »

Photo issue du film Les Bonnes Manières