Eduardo Carrera et Nicolas Azalbert ont réalisé ensemble le livre L’Argentine, malgré tout, paru aux éditions Warm. De cette collaboration, découle aujourd’hui l’exposition présentée à Cosmopolis lors de ce 39e F3C. Preview a interrogé le photographe argentin et le critique de cinéma français.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec Nicolas Azalbert sur le projet L’Argentine, malgré tout ?

En réalité, c’est Willy Durand, le directeur de la maison d’édition Warm, qui nous a choisis. Il nous a mis en contact pour voir si l’on s’entendait bien. Et effectivement, tout s’est magnifiquement passé entre nous. Nous étions quasiment voisins à Buenos Aires. Nous aurions pu nous connaître avant, car nous fréquentions le même bar. Nous avions des amis en commun, aimions les mêmes écrivains. C’était merveilleux de travailler avec lui. Je pourrais répéter l’expérience sans souci.

L’Argentine, malgré tout parle de la dictature et de la crise de 2001. Comment avez-vous vécu ces périodes ?

Ces événements m’ont beaucoup marqué. Quand la dictature a débuté, je n’avais que 10 ans. Je ne faisais pas encore de photographie, mais j’ai des souvenirs très clairs de cette période. Par contre, le 20 décembre 2001, quand les violences ont éclaté et que 40 personnes sont décédées, j’ai pris des photographies. Puis, le lendemain, le silence s’est installé dans tout le pays. Ce jour-là, personne n’est allé travailler. Moi, je suis parti sur ma moto avec mon appareil photo et j’ai commencé à raconter ces paysages du premier jour de l’été, ces gens qui faisaient comme s’ils étaient en vacances. C’était ma manière à moi de raconter la crise.

Comment envisagez-vous l’art photographique ?

Pour moi, le photographe est en constante recherche. Un poète a dit : « Même depuis un égout, ça reste une vision du monde. » Ma spécificité est de regarder les choses depuis l’égout. Je ne suis pas de ces artistes qui créent pour plaire à une certaine élite de l’art contemporain. Je préfère traiter des lieux communs et en sortir une réalité nuancée. Je suis content si, à travers mes photographies, il y a du chaud et du froid et que la dialectique ne se résout pas facilement. Je déteste les photographies didactiques qui donnent un point de vue simplifié. Mes photos ne peuvent pas être désarmées d’un seul regard, elles demandent de la réflexion. Évidemment, je n’y arrive pas à chaque fois, mais j’essaye du moins…

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