La Montgolfière d’or est décernée au seul documentaire de la compétition, Comme un cheval fou. Dans la lignée de ses deux courts-métrages, le réalisateur chinois Tao Gu dresse le portrait d’un homme en marge d’une Chine mutante.

Dong a trente ans, mais vit comme s’il en avait vingt. Il compte, sans grand enthousiasme, se lancer dans le commerce de jade. Couvé par sa mère, ce jeune Chinois vit tranquillement une idylle avec sa petite amie et va où le vent l’emporte. Comme son frère le dit si bien, il est comme la brume : c’est beau, mais on peut s’y perdre. Dong se cherche. Rêveur qui refuse de faire des compromis, apprenti photographe, sentimental maladroit… Il retarde naïvement l’époque où il grandira enfin et se prendra en main. Comme si la vie ne commençait qu’à quarante ans. En attendant, ce trentenaire sans idéal comble son manque dans un cocktail pathétique et désenchanté de rock’n’roll, de cigarettes et d’alcool.

Perdu dans sa vie, Dong, ne sait quel chemin emprunter. Mais a-t-il vraiment envie d’en choisir un ? « En Chine, il est difficile de choisir sa voie et les envies qui vont avec », commente Tao Gu, le réalisateur de ce documentaire, qui, lui-même, s’est longtemps cherché. Tao Gu a filmé son ami Dong, retrouvé après huit ans de séparation, dans une immersion sans filtres ni artifices. Un documentaire qui pose de nombreuses questions. Comment devenir adulte quand la société nous prive de notre identité ? S’émanciper et assumer ce que l’on est ou suivre le mouvement et devenir un pantin ?

« Voir l’humain sous son apparence »

Comme un cheval fou est ancré dans la réalité chinoise contemporaine. Le film s’ouvre sur la destruction d’un bâtiment, dont la fumée s’élève en un épais nuage. La ville de Kunming évolue : elle détruit le vieux pour laisser place au neuf. C’est le portrait d’une génération trop choyée et perdue. Mais aussi celui de la génération précédente avec des parents qui se tuent à la tâche, esclaves du capitalisme d’État. La politique de l’enfant unique flotte également au-dessus des personnages comme une pression supplémentaire de la société.

Comme un cheval fou traite avec subtilité l’errance existentielle d’un marginal qui trouve peu à peu sa voie. Les nombreux plans à bord de trains se posent en métaphore de son voyage initiatique, de l’insouciance juvénile à la maturité. « Je fais attention au côté humain en me penchant sur des personnages considérés comme perdants. Je les trouve plus intéressants que ceux qui réussissent et reçoivent toute l’attention. Mon objectif est de montrer la condition humaine, de voir l’humain sous son apparence et d’aller chercher le profond de l’être. Ce sujet a poussé comme une graine au fil de mes documentaires. » Parce qu’« on ne peut pas vivre que pour soi », Dong se dévoile et bouscule sa propre philosophie de vie.

« Il faut réussir à trouver la bonne structure et l’âme du film », précise le réalisateur qui a tourné pendant plus de deux ans. Pour lui, documentaire et fiction sont étroitement liés. « L’essentiel est d’exprimer ce qu’on veut dire. » L’histoire de Dong pourrait aussi bien être fictive que réelle.

Cette Montgolfière d’or est le deuxième trophée de Tao Gu. Après le Prix Spécial du Jury pour son court-métrage On the Way to the Sea, reçu en 2011 au Festival International de Clermont-Ferrand, c’est le Festival des 3 Continents qui est aujourd’hui conquis par cette œuvre cinématographique singulière.

Photo issue du film Comme un cheval fou