À 24 heures de boucler son dernier numéro, la rédaction de Preview est en ébullition. Dans cette salle de l’Université de Nantes, les vitres sont embuées. Sûrement les cerveaux qui surchauffent. Mais comment parler froidement de septième art quand juste en dessous, dans les classes du sous-sol, s’entassent une soixantaine de mineurs isolés, expulsés manu militari de l’ancienne école des Beaux-Arts quelques jours plus tôt. Depuis une semaine en effet, étudiants et réfugiés s’organisent collectivement, avec l’envie d’améliorer les choses à leur échelle. Si les relations avec l’administration de la Faculté sont cordiales, impossible pour eux de se projeter bien longtemps. On pourrait croire que le cinéma n’est pas une préoccupation actuelle. Ici pourtant, la création est partout. À l’entrée, on y joue de la musique, et de nombreux dessins, poèmes et messages ornent les murs. Une bibliothèque a également été constituée. Et tous les soirs, vers 19h30, on y projette un film ou un documentaire. Hier, c’était La mémoire dans la peau, en français sous-titré anglais. La symbolique de cette scène qui se déroule à l’université, lieu emblématique de l’apprentissage, de la culture et de l’ouverture d’esprit n’est pas anodine. C’est que, comme à chaque fois que différentes cultures se percutent, il y a création. Le Festival des 3 Continents porte ces valeurs, à l’image de sa sélection de films cosmopolite, mais aussi des coproductions composites que permet Produire au Sud. Alors, à l’heure où Emmanuel Macron entame sa « tournée africaine » devant 800 étudiants de l’Université de Ouagadougou, il n’est pas inutile de se rappeler que si de tels événements culturels existent, c’est aussi pour permettre de traiter de la société actuelle.

Julia Gley

Photo issue du film Comme un cheval fou qui a remporté la Montgolfière d’Or

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