C’est dans un cimetière chilien que le réalisateur iranien, Alireza Khatami, nous immerge durant 94 minutes. Les Versets de l’oubli  est inspiré de faits vécus et résonne comme une ode à la mort. La caméra suit un vieux fossoyeur, dont on ne connaîtra pas le nom, surpris par la visite de miliciens qui viennent cacher les victimes d’une manifestation. Le film suggère plus qu’il ne montre, et les plans larges et poétiques viennent renforcer cette impression de mystère. C’est dans un silence pesant, ponctué de très courts dialogues que le personnage évolue. Malgré une atmosphère de deuil et une esthétique macabre omniprésente, cet homme taiseux au regard bienveillant reste attachant. Quelques notes d’humour distillées par l’ami du fossoyeur, un inlassable séducteur de veuves, témoignent de la légèreté du réalisateur malgré un sujet grave. Dans un récit enchâssé, une autre image de la mort surgit : sept baleines viennent s’échouer sur la plage voisine, un suicide métaphorique. Au fil de l’histoire, on apprend qu’une seule baleine est sauvée, mais qu’elle ne peut pas s’éloigner des cadavres de ses congénères. Un lien entre l’humain et ces animaux marins, considérés comme mythiques dans certaines régions, pousse la métaphore à son paroxysme. Le traitement parfois fantastique est parfaitement réussi. La mort y apparaît, non pas comme un oubli, malgré le titre, mais bien comme une autre aventure, parfois douloureuse. La mort est une fatalité. Pas l’oubli.

Image issue du film Les Versets de l’oubli