Shula, 9 ans, accusée de magie noire par les habitants de son village, est envoyée dans un camp de sorcières. Entourée de femmes bienveillantes, condamnées comme elle par la superstition des Hommes, la fillette se croit frappée d’un sortilège : si elle s’enfuit du camp, elle se transformera en chèvre. Mais la petite Shula préfèrera-t-elle vivre prisonnière comme une sorcière ou libre comme une chèvre ?

Le premier long métrage de Rungano Nyoni est une tragi-comédie surprenante mêlant le réalisme à la fable satirique. Les réalités sont volontairement grossies et dénoncent subtilement les tourments et ambivalences de la Zambie : un poulet rituellement égorgé qui côtoie des perruques de Beyoncé, un représentant de l’État adepte des croyances ancestrales, qui n’hésite pas à exploiter la fillette dans un talk-show. Des scènes où la tristesse, la colère et l’humour se succèdent dans le regard expressif de Shula, enfoncée dans le mutisme.

La réalisatrice ose une mise en scène statique. Un procédé étonnant, mais réussi. Les tableaux sont composés avec soin, spécialement lorsque le camp des sorcières est visité par des touristes. Le résultat, parfois théâtral, offre aux spectateurs une esthétique quasi picturale qui lui permet de comprendre visuellement ce que le film dénonce : la suprématie de l’homme.

Dans le camp de sorcières, les femmes sont attachées par des rubans blancs pour qu’elles ne puissent pas s’envoler. Cet accessoire réduit les prétendues sorcières à des femmes-objets. En s’en prenant aux croyances de son pays de naissance, Rungano Nyoni fait acte de féminisme.

Photo issue du film I Am Not a Witch