Lundi 27 novembre. 17h15, Arnaud Fleurent-Didier, membre du jury, sort tout juste d’une séance au Katorza d’Angels Wear White, film chinois en compétition. De sa démarche chaloupée, il nous rejoint à l’espace Cosmopolis afin de parler de son expérience au Festival des 3 Continents.

Musicien et chanteur français au parcours atypique et au look dandy, Arnaud Fleurent-Didier ne se définit pourtant pas comme un artiste en tant que tel. « Tu viens de lire ma bio, mais en vrai je ne suis ni chanteur, ni compositeur… Je ne comprenais pas ce que c’était qu’être artiste. Par contre, j’écrivais des chansons tous les jours dans ma chambre. » Entre 1998 et 2010, il sort 3 albums. Cependant, son chemin croise constamment celui du 7e art. En 2005, il compose la musique d’un film scandinave The Professor and the Story of the Origami Girl. En 2015, il s’attaque à la réalisation de la bande originale du film Un homme et deux femmes, de Loïc Jouan. Enfin, c’est en tant qu’acteur que les Français le retrouvent dans son propre rôle au cinéma dans le film Bonheur académie d’Alain Della Negra. Et c’est tout au long de son parcours musical que le cinéma apparaît en filigrane comme l’atteste le clip de la chanson Le Reste tu devines, où Isabelle Huppert apparaît.

Contacté par le Festival il y a quelques mois pour faire partie du jury 2017, Arnaud Fleurent-Didier, chemise rayée rouge et sourire en coin, affirme que « c’est un immense plaisir de le faire ». Cinéphile, habitué des festivals à Cannes ou Venise, il est cependant marqué par la « nécessité des 3 Continents et l’intelligence de ce Festival. Il y a un travail d’éducation, quelque chose de l’ordre du service public je trouve, qui est impressionnant ici et ça je ne l’ai jamais vu dans les autres festivals ». Il précise : « Je ne suis pas dans la profession du cinéma. Donc je n’ai pas ce regard un peu industriel que peuvent avoir les producteurs, réalisateurs, qui jugent, très justement d’ailleurs, le cadre, la qualité d’interprétation, etc. » Cela n’empêche que les avis du jury 2017 semblent se recouper : « Il y a de petites tendances. Valérie Mairesse dit des choses très intéressantes avec sa sensibilité, João Pedro, c’est l’homme du métier, il explique très bien ses goûts. Mais mon jugement est un peu différent. Je suis plus radical, je suis un peu plus punk qu’eux. »

Quelque peu déçu par le cinéma européen ou américain, qui ne le nourrit plus vraiment, Fleurent-Didier nous explique avec sa parole franche : « C’est très difficile de trouver un regard neuf, un artiste, dans cette discipline. Et c’est peut-être ici qu’on peut en trouver. Mais en vrai, j’en ai trouvé un, je repars avec un immense coup de cœur et je vais me battre corps et âme pour qu’il soit couronné ! »

À quelques heures de la délibération du jury pour choisir la Montgolfière d’or, les questions se doivent d’être précises. Arnaud Fleurent-Didier s’amuse : « J’suis juré les gars, je ne peux pas trop parler. Nan, j’peux tout vous dire. J’vous dis le palmarès ? Peut-être à la fin. » En réalité, nous n’en saurons rien… Arnaud Fleurent-Didier repart aussi vite qu’il est arrivé, courant à nouveau dans une salle obscure, cette fois pour le film Prince Yeonsan de Shin Sang-ok.

Photo prise par Simon Bouyer