Depuis 1984, la France subventionne activement le cinéma argentin. Une stratégie qui lui permet aujourd’hui d’être un acteur essentiel du 7e art au pays du tango, avec notamment le dispositif « Aide au cinéma du monde ».

À la fin des années 90, alors que le pays traverse une violente crise économique, le cinéma argentin fait des étincelles. Et il est un pays, cinéphile, qui lui réserve un accueil particulièrement bienveillant, la France. Les festivals de l’Hexagone sélectionnent et récompensent les films de jeunes réalisateurs, comme Lucrecia Martel ou Pablo Trapero, et la presse parisienne les couvre d’éloges. Mais le soutien français à ce que la critique désigne alors comme un « nouveau cinéma argentin » ne s’arrête pas là.

Échange de bons procédés

Depuis 1984, les deux pays bénéficient d’un accord de production visant à « faciliter la réalisation, en coproduction, d’œuvres cinématographiques susceptibles de servir, par leurs qualités artistiques et techniques, le prestige de leur pays ». Par ailleurs, les réalisations argentines peuvent aussi recevoir d’autres subventions, attribuées par le CNC (Centre National du Cinéma et de l’Image Animée). C’est le cas de l’Aide au cinéma du monde, anciennement appelée « Fonds Sud Cinéma ». Pendant son existence, le fonds a vivement soutenu le cinéma argentin, en en faisant son premier bénéficiaire. Avec un budget de 6 millions d’euros, elle est l’aide à la réalisation à l’étranger la plus importante qui soit. Le montant de la bourse ne peut dépasser 250 000 euros par film. « Une part des dépenses éligibles au minimum égale à 50% de l’aide accordée, doit être effectuée sur le territoire français », précise cependant le site du CNC. La coopération cinématographique franco-argentine a également son pendant diplomatique. Depuis 1984, l’ambassade de France à Buenos Aires décerne, avec l’UNCIPAR (Uníon de Cineastas de Paso Reducido), le prix Méliès. Il récompense le meilleur court-métrage parmi une sélection de réalisations venues d’Argentine, mais aussi du Chili, de l’Uruguay ou du Paraguay. Le vainqueur est invité à présenter son travail au festival Cinélatino de Toulouse, un voyage tous frais payés par l’ambassade de France.

Si je t’aide, tu m’aides

Loin d’être désintéressé, ce soutien permet au cinéma français d’être aujourd’hui le premier partenaire du cinéma argentin. S’il reste loin derrière les productions hollywoodiennes en Argentine, « il représente tout de même environ 1 million d’entrées par an en moyenne, sur la période 1995-2010 », selon un article paru en septembre 2015 sur le site lesechos.fr. Surtout, il occupe désormais une place importante dans le paysage cinématographique. À titre d’exemple, « la semaine d’avant-premières du cinéma français, organisée chaque année par l’ambassade, elle, affiche un taux de remplissage proche des 80 % et une couverture de presse exceptionnelle », selon le même site. Une situation également favorable pour son partenaire puisque, selon la chercheuse Marion Delestre, entre 1997 et 2013, « 87 films argentins sont sortis en France […] ce qui place la cinématographie argentine en tête des diffusions de films latino-américains dans l’Hexagone ».

Photo issue du film La Ciénaga de Lucrecia Martel