Cette année, le Festival des 3 Continents décerne le prix du public au film Newton. Avec ce second long-métrage, le réalisateur indien Amit V. Masurkar nous invite, non sans une touche d’humour acerbe, à porter un regard nuancé sur ce que certains nomment fièrement « la plus grande démocratie du monde » : l’Inde.

Placée sous haute tension, l’Inde de Masurkar doit organiser des élections malgré l’insurrection sanglante de maoïstes sur son territoire. Il faut dire que, là-bas, la mise en œuvre de la démocratie est meurtrière. La dernière élection a fait 19 morts. Au milieu de cette période chaotique, le jeune Nutan Kumar, qui se fait appeler Newton, décide d’intervenir. Cet honnête-homme inflexible reste fidèle à ses principes et s’engage à recueillir le vote des 76 électeurs (sur 800 millions) d’un petit village de la région du Chhattisgarh, et ce, au péril de sa vie.

Au cœur du « cinéma parallèle »

« Newton est une comédie noire sur un idéaliste dans un monde bien loin d’être idéal », explique son réalisateur. Dans ce monde, donc, aucune place n’est laissée aux scènes chantées, aux chorégraphies synchronisées, ou à tout autre cliché cuisiné à la sauce Bollywood. Avec Newton, Amit V. Masurkar  signe un film résolument politique, ancré dans la réalité de l’Inde contemporaine. De nombreuses problématiques inhérentes à la société indienne sont ainsi passées au crible : fraudes électorales, immobilisme politique, marginalisation des populations autochtones, accès difficile à l’éducation, mariages arrangés, guérilla civile, tensions avec le Pakistan, etc.

Jean-Jacques Malo, professeur d’anglais à l’IUT de Nantes et féru de cinéma indien, explique d’ailleurs que, grâce à cet « angle très politique », Newton s’intègre parfaitement dans le mouvement du « cinéma parallèle ». Celui-ci est pensé, à l’origine, par de grands réalisateurs tels que l’Indien Satyajit Ray. Si Newton s’inscrit dans ce mouvement, c’est parce que c’est un film « indépendant » (de l’industrie bollywoodienne), qui a une approche « réaliste » et « naturaliste » des choses. Il a « quasiment un côté documentaire » nous explique Jean-Jacques Malo. Il montre la « réalité du déroulement d’une élection en Inde ». Pas de doute, on est bien loin de la légendaire exagération qui sévit dans les films bollywoodiens. Ces derniers ont tendance à systématiquement reléguer au second plan, des problématiques majeures de la société indienne. Newton, lui, préfère nous y confronter, à sa manière.

Newton, un (film) Indien pas comme les autres

L’humour a un rôle central dans le film de Masurkar. Trompeur,  il anesthésie les consciences face à certaines situations dramatiques qui se déroulent à l’écran. Un peu à la manière de l’hyper-scénarisation dans les films bollywoodiens, l’humour dans Newton rend tout plus léger. Le spectateur rit devant l’absurdité apparente de certaines situations, mais jusqu’à un certain point seulement. Lorsque l’on prend conscience du cynisme dont se pare l’humour utilisé par Masurkar, on comprend, par la même occasion, tout le sérieux du propos du réalisateur.

Le personnage de Newton fait les frais de ce procédé. On se moque de sa psychorigidité au début du film. Elle éclipse totalement le fait qu’il défend une cause juste, en l’occurrence, le droit de vote pour tous.  Mais le regard du spectateur change peu à peu et Newton  gagne le statut d’honnête-homme inflexible. Il  force le respect par sa volonté à ne rien céder sur ses convictions. Il faut dire que Newton, c’est l’antithèse du fonctionnaire d’État indien lambda. « C’est un personnage différent de ce que l’on voit généralement. Le type est très carré, incorruptible », analyse Jean-Jacques Malo. Finalement, Newton nous rappelle qu’il ne faut pas avoir peur d’aller à l’encontre de la norme pour suivre ses propres convictions. Au contraire, c’est le seul moyen de faire changer les choses. Le message politique est universel et sans équivoque : chaque voix compte.

Photo issue du film Newton