Pour réaliser The Brawler, Anurag Kashyap s’est inspiré de sa propre vie. Loin des clichés bollywoodiens, ce long-métrage dépeint une Inde complexe et authentique.

Avec déjà plus d’une dizaine de films à son actif, dont trois sélectionnés à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes, le cinéaste indien n’en est plus à son coup d’essai. Pourtant, Anurag Kashyap « rêvait de devenir scientifique ». Ce n’est qu’après la découverte de Bicycle Thieves de Vittorio de Sica, à l’âge de 19 ans, que le jeune homme s’éprend définitivement du cinéma. Anurag Kashyap s’impose aujourd’hui comme l’un des réalisateurs indiens les plus influents de son époque.

The Brawler met en scène Shravan, un jeune boxeur issu d’une basse caste. Contre l’avis de son père, il est bien déterminé à devenir le Mike Tyson indien. Un coup de poing à son coach Bhagwan, brahmane redouté et très influent dans le milieu de la boxe, stoppe net sa carrière à peine engagée. Sous le charme de Sunaina, la nièce muette de ce caïd, Shravan se retrouve alors tiraillé entre sa volonté de monter sur le ring et son amour pour la jeune femme.

« Je ne peux pas rester assis à ne rien faire »

Dans ce mélodrame, mêlant humour, poésie et romance, Anurag Kashyap se joue des codes bollywoodiens pour mettre l’Inde face à ses réalités. « Dans notre pays, il n’y a que des films joyeux, où tout est beau, où tout le monde est amoureux, mais ce n’est qu’une illusion », explique le cinéaste. Dépeindre cette Inde plus sombre que celle colorée des films de Bollywood lui tient à cœur. « C’est très important, car cela m’affecte. Je ne peux pas rester assis à ne rien faire et prétendre que tout va bien. Tout ce que je ressens, je le mets dans mes films. » En ce sens, le cinéma d’Anurag Kashyap est véritablement novateur dans son pays.

L’histoire personnelle du réalisateur indien transparaît aussi dans The Brawler. Celle d’un outsider luttant contre les éléments et son entourage pour atteindre ses rêves. Tout comme celui de Shravan, le père d’Anurag Kashyap n’a pas toujours été enthousiaste à l’idée de voir son fils devenir cinéaste. « C’est un académique. J’ai tout abandonné pour faire des films et c’était un choc pour tout le monde. Il est maintenant très fier de moi. Mon frère et ma sœur sont d’ailleurs tous deux cinéastes. » Si aujourd’hui il est souvent comparé à Quentin Tarantino, un parallèle qu’il avoue détester, il reste loin d’Hollywood et des films à gros budget. « Beaucoup d’argent a été investi dans Bombay Velvet et c’était un désastre. Je préfère réaliser des films à bas coût pour être libre de faire ce que je veux. »

Un Indien dans la ville

« Aujourd’hui, je gagne assez d’argent pour voyager et m’acheter des chaussures. » Shoes addict, Anurag Kashyap a d’ailleurs profité de son séjour nantais pour « crébillonner » entre deux projections et dévaliser les boutiques du centre-ville. « Regardez celles-ci, je viens de les acheter », dit-il en rigolant. Personnage résolument atypique, le cinéaste ne manque pas d’humour. Un humour très présent dans The Brawler, contrairement à ses autres réalisations, plus sombres, comme Gangs of Wasseypur, Ugly ou encore Raman Raghav 2.0. Son prochain film, qu’il est parti tourner dans la foulée de son séjour à Nantes, surprendra sans doute une nouvelle fois les spectateurs.