Le jeune cinéaste argentin Iván Fund nous dévoile son film Toublanc, qui nous fait découvrir deux mondes parallèles : tantôt la France, tantôt l’Argentine à travers des personnages complexes.

En 2011, Iván Fund proposait Hoy no tuve miedo au Festival. Déjà décrit à cette époque, comme « l’une des promesses du cinéma argentin », il revient cette année avec un hommage consacré à Juan José Saer, écrivain argentin parmi les plus importants de la littérature latino-américaine. « Le ministère de la Culture de Santa Fe m’a commandé cette œuvre pour les 80 ans de la naissance de cet auteur », rapporte le réalisateur qui s’est penché sur l’oeuvre de cet artiste. « Heureusement, j’ai eu une totale liberté quant à la réalisation de ce film. » Ainsi, Toublanc reconstruit l’univers de Saer à travers des images, des références et des thématiques de son œuvre. Le public qui connaît les ouvrages de cet écrivain pourra reconnaître les différentes références, explique Iván Fund avant d’ajouter que le long-métrage reste autonome. « Les spectateurs qui ne connaissent pas l’oeuvre de l’écrivain peuvent tout aussi bien profiter du film et peut-être avoir la curiosité d’aller le lire. »

Paris – Argentine, allers – retours

Un policier. Une professeure de français. Paris. Santa Fe. Deux mondes que le spectateur cherche désespérément à relier jusqu’à la dernière image. Et pourtant, aucun lien n’existe à première vue, juste une similitude dans le quotidien de ces deux personnages et deux histoires filmées d’un même angle. À la croisée de ces points de vue, on retrouve tout l’univers de Saer. Personnalité qui a vécu entre ces deux pays, « Saer a écrit une partie de son œuvre parlant de l’Argentine, en France », raconte le cinéaste.

Le mélange des acteurs professionnels et amateurs confère au film des nuances successivement de fictions et de documentaires. Un contraste revendiqué par Iván Fund. Côté sud-américain, Maricel Álvarez et Diego Vegezzi, acteurs argentins, interprètent une relation entre une enseignante et son élève. De l’autre côté de l’Atlantique, Nicolas Azalbert (critique aux Cahiers du Cinéma) se glisse dans la peau d’un policier qui doit quitter la capitale française pour se rendre dans son village natal résoudre une enquête sur un homicide. « J’aurais clairement fait un autre film si Nicolas n’avait pas pu », nous confie le réalisateur. « J’étais le seul Français qu’il connaissait surtout », dit en rigolant l’intéressé. La complicité entre ces deux personnes s’est transmise à l’équipe de tournage. « L’ambiance, entre les prises, était très chaleureuse », raconte Nicolas avant que son ami ajoute « on tournait peu d’heures durant la journée et personne ne s’est disputé ». Une atmosphère qu’ils espèrent apparente, dans ce film dont le tournage n’a duré qu’un mois.

« Je ne comprends pas le français, cela m’a permis de prêter plus d’attention à d’autres éléments, je suis prêt à renouveler l’expérience de filmer à l’étranger », raconte Iván Fund. « Et puis, il avait un très bon traducteur et en me choisissant il savait qu’il aurait une bonne critique », ajoute Nicolas Azalbert, toujours le sourire aux lèvres.

Photo prise par Simon Bouyer