Avec Le lion est mort ce soir, le réalisateur japonais Nobuhiro Suwa signe ici une ode à la vie, issue d’une rencontre inopinée avec l’acteur français Jean-Pierre Léaud. Entre deux séances, Preview a retrouvé Nobuhiro Suwa, accompagné de son interprète Yu Shibuya.

Souvent considéré comme « le plus Français des cinéastes japonais », Nobihuro Suwa récidive avec Le Lion est mort ce soir en collaborant une nouvelle fois avec des Français. Il y a cinq ans, il  rencontre l’acteur Jean-Pierre Léaud au Festival international du film de La Roche-sur-yon. Une révélation pour le réalisateur, qui décide de le choisir comme acteur principal de son film. « Je n’ai pas choisi Jean-Pierre pour sa nationalité. Quoiqu’en France, il y a peut-être plus d’acteurs intéressants qu’au Japon. Ce qui m’importe avant tout, c’est ce que sont les gens ». Dans son long-métrage, Nobuhiro Suwa déroge à son habitude. Ici, nous n’avons pas affaire à une histoire romantique mais à l’errance d’un vieil homme en pleine introspection. Il filme Jean, un acteur rattrapé par son passé. La caméra s’immisce au cœur de la vie des personnages, à travers de nombreux gros plans, souvent fixes. Jean, angoissé par la mort qu’il doit jouer, retourne sur les traces de son amour perdue, Juliette.  « Le thème de la mort est certes présent. Mais il faut voir mon film comme une ode à la vie. C’est dans les difficultés que Jean se rend compte de la valeur et de la beauté du monde qui l’entoure », explique le cinéaste. Installé dans la maison où Juliette a vécu, Jean fait la connaissance, malgré lui, d’une bande de gamins agités. À leur contact, il revient à la vie et se libère des fantômes qui le hantaient : « Tu as plusieurs vies et plusieurs morts en toi » lui assure son amante défunte. Une sentence qui résonne comme un message d’espoir.

« J’écris un scénario en discutant avec les gens »

Adepte de l’improvisation, Nobuhiro Suwa suit avant tout son instinct. En électron libre. « Il y a deux types de processus de création : dans le premier, on image les choses à partir d’un questionnement, on choisit les rôles, on fait des castings. En ce qui concerne Le lion est mort ce soir, il s’agissait avant tout d’un processus intuitif. J’écris un scénario en discutant avec les gens ». Cette liberté de création transparaît dans ce film : les acteurs évoluent librement, Nobuhiro Suwa leur laisse le temps de s’accomplir. « Les enfants étaient autonomes. La plupart des dialogues sont totalement improvisées. Je ne suis pas intervenue dans la création », explique le Japonais. Une spontanéité que l’on ressent à travers les rires, gestes et paroles des personnages, et qui donne à chaque scène un aspect toujours plus réel.

« Une œuvre n’est pas à voir, elle est à vivre »

Dans ce long-métrage, la conscience de la mort est elle aussi bien réelle. Nobihuro Suwa souhaite que les spectateurs regardent son film « comme le font les enfants ». « Le lion est mort ce soir est un carnaval. Des choses interdites dans le quotidien sont autorisées lors de cette fête. D’après moi, une œuvre n’est pas à voir mais à vivre. C’est pour cela que les enfants ont une liberté de jeu ». Il ne faut donc pas s’étonner de voir un lion apparaître à deux reprises à l’écran, amusante bizarrerie imaginée par le réalisateur. « L’apparition du lion n’est pas un symbole, c’est une “bêtise”, comme un enfant qui fait un tag sur un mur ». Le titre, lui aussi « improvisé », est en réalité la chanson préférée de Jean-Pierre Léaud.

Photo prise par nos photographes