Cette année, le Festival met à l’honneur des films consacrés aux migrations et liens transnationaux avec le programme « Exil(s) : devenir étranger ». Ce choix, éminemment politique et d’actualité, s’accompagne de conférences de l’anthropologue Michel Agier. Explications avec Claire Allouche, de l’équipe programmation du Festival.

Dans un monde actuel qui prône l’ouverture et la mobilité, les identités semblent de moins en moins fixes. Pourtant, la représentation de l’autre, « l’étranger », reste toujours une altérité insurmontable. L’idée du programme  Exil(s) : devenir étranger  est apparue à Jérôme Baron, directeur artistique du Festival, il y a près de deux ans. Moins dans une volonté de faire écho à l’actualité que de désancrer le cinéma des 3 continents d’une dimension nationale. « D’une certaine manière, ce programme qui traite de l’exil met en lumière ces circulations à l’épreuve des cinq continents. Nous avons été très attentifs à ce que tous les continents apparaissent pour montrer que cette question nous traverse tous. Et nous sommes également attentifs à ce que l’Europe soit directement touchée, que ce ne soient pas que des problématiques internes à l’Afrique, à l’Asie, à l’Amérique du Sud », explique Claire Allouche. « En choisissant le mot “exil” plutôt que “réfugié” ou “migrant”, on se place d’emblée du côté d’une condition et pas d’un statut. Cette condition il fallait pouvoir l’explorer à travers différentes étapes et différentes formes filmiques possibles », ajoute Claire Allouche.

Huit films sont à l’honneur. « Ce qui nous tenait à cœur c’était de ne pas être dans la pure illustration thématique de cas d’étude de l’exil. » Très diverse, la programmation établie en collaboration avec un groupe de chercheurs de l’Institut d’histoire du temps présent, regroupe fictions et documentaires, de 1963 à 2016, tous de nationalités différentes. De cette sélection hétérogène, une constante se dégage : la difficulté d’adaptation à laquelle sont confrontés les exilés. Comme le rappelle l’anthropologue Michel Agier lors de sa conférence au Muséum d’Histoire naturelle le 24 novembre dernier : « La différence linguistique, la perte de repères, le déracinement, la confrontation à une nouvelle culture et à d’autres codes sociaux, sont autant de facteurs qui font dire que plus rien n’est évident. Alfred Schütz, philosophe et sociologue allemand, parlait de “labyrinthe dans lequel l’étranger a perdu tout sens de l’orientation”. »

Proposé dans le programme Exil(s), America, America d’Elia Kazan parle notamment de désidentification. Dans ce film sorti en 1964, Stavros, jeune grec d’Anatolie, arrive à Ellis Island, aux portes de New York. Au centre de réception des immigrés, on lui attribue un autre nom. Stavros devient Joe. Un prénom à la sonorité plus américaine, qu’il s’efforce d’apprendre à prononcer correctement. Ce film traite du déracinement et du tiraillement entre deux cultures. L’objectif de la programmation Exil(s), conclut Claire Allouche.

Photo issue du film America, America